Illustration pour L'horloge timide
Semaine 19
2026

L'horloge timide

Gustave décide de percer le mystère de l'horloge réparée par Pipo, mais celle-ci semble avoir des idées bien à elle.

samedi 9 mai 2026Gustave, Mila, Pipo

Gustave n'en pouvait plus.

Depuis que Pipo avait réparé la vieille horloge de l'atelier, celle-ci sonnait selon des règles connues d'elle seule. Trois coups à midi, onze à quinze heures, silence complet à minuit. Gustave avait rempli un carnet entier de tableaux et de correspondances sans jamais trouver la moindre logique.

Ce matin-là, il avait décidé de passer à l'étape supérieure.

Il installa une chaise face au cadran, posa son carnet sur ses genoux, et attendit. Si l'horloge voulait sonner n'importe quand, elle allait devoir le faire sous son regard. Il documenterait chaque son, chaque mouvement des aiguilles. Il finirait bien par comprendre.

Une heure passa. L'horloge resta muette.

Gustave nota : "9h12 - Aucun son. Aiguilles immobiles. Suspect."

Deux heures passèrent. Toujours rien. Pas un tic, pas un tac. Les aiguilles bougeaient à peine, comme si elles faisaient exprès de ralentir.

Gustave commença à avoir des crampes. Il se leva pour se dégourdir les jambes, fit trois pas vers la fenêtre, et c'est là que ça arriva.

Dong.

Il se retourna vivement. L'horloge venait de sonner. Un seul coup, discret, presque narquois.

Il se rassit immédiatement. Fixa le cadran avec intensité. Attendit.

Rien.

Au bout d'une demi-heure, n'y tenant plus, il se pencha pour relacer sa chaussure.

Dong dong dong.

Trois coups. Il n'avait détourné le regard que deux secondes.

Mila passa à ce moment-là, une tasse à la main. Elle observa Gustave, assis face à l'horloge silencieuse, le visage rouge de frustration.

"Elle t'a peut-être remarqué", dit-elle simplement avant de continuer son chemin.

Gustave resta bouche bée. L'idée était absurde. Une horloge ne pouvait pas remarquer quelqu'un. Ce n'était que du bois, des engrenages et un mécanisme réparé par Pipo avec des pièces de provenance douteuse.

Il décida de tester l'hypothèse. Il fit semblant de partir, se cacha derrière une étagère, et observa par un interstice entre deux boîtes.

L'horloge sonna quatre fois.

Il bondit de sa cachette. Les aiguilles indiquaient quatorze heures. Quatre coups. C'était presque logique. Presque.

Il nota dans son carnet : "14h - 4 coups. Corrélation possible quand non observé. À vérifier."

Le reste de l'après-midi, il alterna entre observation directe et cachettes improvisées. Les résultats étaient troublants : l'horloge ne sonnait jamais correctement quand il la regardait, mais semblait fonctionner presque normalement dès qu'il avait le dos tourné.

Vers dix-huit heures, Pipo traversa l'atelier. Il jeta un coup d'oeil à Gustave, accroupi derrière un tabouret, puis à l'horloge. Il sourit légèrement et continua son chemin sans un mot.

Gustave rangea son carnet. Il était épuisé, mais il avait au moins une certitude : cette horloge n'était pas normale. Et Pipo, comme toujours, savait quelque chose qu'il ne disait pas.

Le lendemain, Mila trouva une note glissée sous son carnet gris.

"L'horloge de l'atelier : timide ou malicieuse ? Enquête en cours. - G."

Elle ajouta une ligne dans le registre : "Mai. L'horloge évite Gustave. Pipo impliqué. Comme d'habitude."