Illustration pour La boîte de souvenirs
Semaine 10
2026

La boîte de souvenirs

Pendant le grand tri de mars, Mila découvre une boîte oubliée au fond d'un placard. Ce qu'elle contient remue des souvenirs que personne n'avait demandé à revoir.

samedi 7 mars 2026Mila, Noisette, Gustave, Pipo

La pile "on verra" avait atteint une hauteur préoccupante. Depuis le début du grand tri, elle grandissait plus vite que les deux autres réunies, comme si l'atelier entier refusait de se séparer de quoi que ce soit.

Mila fouillait méthodiquement le fond d'un placard quand ses doigts rencontrèrent quelque chose de lisse sous une couche de poussière. Une boîte en carton, pas très grande, fermée par un ruban décoloré qui avait dû être rouge autrefois.

Elle la posa sur l'établi et souffla doucement sur le couvercle. Un nuage gris s'éleva, révélant des traces d'encre passée. Quelqu'un avait écrit quelque chose dessus, mais les mots s'étaient effacés avec le temps.

Noisette s'approcha, attirée par le bruit du carton.

"Qu'est-ce que c'est ?"

Mila ouvrit la boîte sans répondre. À l'intérieur, un fouillis d'objets disparates : des photos jaunies aux bords cornés, de petits jouets en bois à moitié peints, des notes manuscrites sur du papier fragile.

Noisette plongea la main et en ressortit une figurine articulée, un petit ours avec des bras trop longs et une oreille manquante.

"Oh," dit-elle simplement.

Elle resta silencieuse un long moment, tournant l'objet entre ses doigts. Mila observa son visage changer, passer de la curiosité à quelque chose de plus difficile à nommer.

"Je l'avais fabriqué," murmura Noisette. "Il y a longtemps. Je ne me souvenais plus."

Gustave les rejoignit, sa liste du jour à la main. Il jeta un coup d'oeil à la boîte, puis à Noisette qui tenait toujours l'ours défectueux.

"C'est quoi, ça ?"

"Des souvenirs," répondit Mila. "On dirait des prototypes. Des choses qui n'ont jamais été produites."

Gustave prit une des photos. Quatre silhouettes floues devant un atelier plus petit, plus sombre. Il ne reconnut personne.

"Pourquoi on a gardé tout ça ?"

Personne ne savait. Personne ne se souvenait avoir rangé cette boîte. Elle était là depuis si longtemps qu'elle était devenue invisible, une partie du décor au même titre que les murs et le plancher.

Noisette reposa l'ours dans la boîte avec une délicatesse inattendue.

"Celui-là, je me souviens pourquoi il n'a jamais été produit. Ses bras étaient trop longs. Les enfants avaient peur qu'il les attrape la nuit."

Elle eut un petit rire, mais il sonnait faux.

Mila feuilleta les notes manuscrites. Des calculs, des esquisses, des listes de matériaux. L'écriture ne ressemblait à celle d'aucun lutin qu'elle connaissait. Plus ancienne, plus anguleuse.

"On en fait quoi ?" demanda Gustave.

La question resta suspendue dans l'air poussiéreux. Jeter semblait cruel. Garder semblait inutile. Regarder de plus près semblait dangereux, comme si certaines choses méritaient d'être oubliées.

Mila referma le couvercle.

"On la met dans la pile 'on verra'."

Gustave hocha la tête, visiblement soulagé de ne pas avoir à prendre de décision. Noisette ne dit rien. Elle regardait encore l'endroit où l'ours avait disparu sous le carton.

La boîte rejoignit les autres objets indécis, quelque part entre le passé et l'oubli. Mila nota dans son carnet gris : "Boîte trouvée. Contenu : souvenirs. Destination : incertaine."

Plus tard dans la journée, elle remarqua que Pipo était passé devant la pile sans s'arrêter. Il n'avait même pas jeté un regard à la boîte.

Comme s'il savait déjà ce qu'elle contenait.