Trois jours avaient passé depuis l'apparition du paquet mystère. L'atelier s'était transformé en terrain d'enquête.
Mila avait commencé par compter. La machine à emballer, avant sa mise en repos, avait produit exactement quarante-sept paquets. Quarante-sept cubes identiques, rangés sur les étagères du fond, chacun parfaitement anonyme.
"Il suffit de les ouvrir," dit Noisette pour la douzième fois ce matin-là.
Gustave secoua la tête. Il avait déjà expliqué son raisonnement, mais il le répéta quand même. Les emballages de la machine étaient parfaits. Solides, réguliers, impossibles à reproduire à la main. Si on les ouvrait tous, on perdrait quarante-sept emballages potentiellement utiles.
"Utiles pour quoi ?" demanda Noisette.
Gustave ne sut pas répondre, mais ça ne changeait rien à sa position.
Mila décida d'adopter une approche méthodique. Elle pesa chaque paquet, un par un, notant les résultats dans son carnet. Les variations étaient minimes. Quelques grammes de différence, probablement dus au papier lui-même.
"Celui-là est plus lourd," annonça-t-elle en soulevant le paquet numéro vingt-trois.
Noisette bondit. "C'est lui ! On l'ouvre !"
Mais Mila hésita. Plus lourd ne signifiait pas forcément qu'il contenait l'objet manquant. Et d'ailleurs, quel était cet objet manquant ? Personne ne le savait encore.
L'après-midi, Noisette proposa une nouvelle méthode. Elle passerait devant chaque paquet et noterait son "impression intuitive". Si l'un d'eux lui semblait différent, ce serait un indice.
Elle passa deux heures à fixer les étagères. Au bout du compte, elle déclara que le paquet numéro douze "avait quelque chose". Puis le numéro trente-huit. Puis le numéro sept. Ses impressions intuitives manquaient de constance.
Gustave, pendant ce temps, avait fait une liste des lieux où le paquet mystère original avait été vu. L'établi principal, évidemment. Mais aussi, brièvement, près de la fenêtre. Et une fois, selon un témoignage douteux de Noisette, "quelque part près de la porte".
"Ça ne nous avance pas," admit-il.
Mila referma son carnet et regarda les quarante-sept paquets alignés. Ils se ressemblaient tous. La machine avait fait du bon travail, peut-être trop bon.
"Et si on demandait à Pipo ?" suggéra Noisette.
Ils se tournèrent vers le coin où Pipo travaillait d'habitude. La chaise était vide. Il avait disparu depuis le début de l'après-midi, sans que personne ne remarque son départ.
"Évidemment," soupira Gustave.
Le soir venu, les paquets étaient toujours intacts. Mila avait classé ses notes par catégories : poids, position, impressions subjectives. Rien de concluant.
Elle écrivit une dernière ligne dans son carnet : "Recherche en cours. Résultats : aucun. Paquets suspects : entre 3 et 47, selon les critères."
Noisette s'approcha des étagères une dernière fois avant de partir. Elle tendit la main vers le paquet numéro vingt-trois, celui qui était plus lourd, puis se ravisa.
"Demain," dit-elle. "Demain, on trouvera."
Mila ne répondit pas. Elle savait que demain, les paquets seraient toujours là, identiques et silencieux. Et que la recherche continuerait, méthodique et vaine, jusqu'à ce que quelqu'un finisse par craquer.
Elle espérait secrètement que ce serait Gustave. Il le nierait, bien sûr, mais elle avait remarqué comment il regardait le paquet numéro douze. Avec une curiosité qu'il ne parvenait plus tout à fait à dissimuler.
P.S. - Cette nuit-là, Mila crut entendre un bruit venant des étagères. Quand elle vérifia le lendemain matin, le paquet numéro vingt-trois avait changé de place. Il était maintenant au premier rang, bien visible. Personne n'avoua l'avoir déplacé.
