Illustration pour La lettre officielle
Semaine 33
2026

La lettre officielle

Une enveloppe beige arrive à l'atelier. Gustave refuse de l'ouvrir.

vendredi 14 août 2026Gustave, Mila, Pipo, Noisette

L'enveloppe est arrivée un mardi matin, glissée sous la porte de l'atelier. Beige, épaisse, avec un cachet officiel que personne n'a reconnu. Gustave l'a ramassée, l'a retournée trois fois, puis l'a posée sur la grande table sans rien dire.

Mila a levé les yeux de son registre. Noisette a cessé de bricoler. Même Pipo, qui passait par hasard, s'est arrêté près de la fenêtre. Tout le monde regardait l'enveloppe.

Gustave a fait un pas en arrière.

La rumeur du déménagement traînait depuis février. Des mois de listes inutiles, de préparatifs abandonnés, de fausses alertes. Et maintenant, une lettre officielle. Le genre de lettre qui annonce des choses. Gustave en était certain.

Il a regardé Mila. Elle a haussé les épaules.

Une heure a passé.

L'enveloppe n'avait pas bougé. Gustave non plus. Il avait fait trois fois le tour de la table, vérifié deux fois que la porte était bien fermée, et relu mentalement toutes ses listes de déménagement. Il était prêt. Ou pas. Difficile à dire.

Noisette a proposé de l'ouvrir à la vapeur pour pouvoir la refermer ensuite. Gustave a refusé. Pipo a suggéré de la lire à travers l'enveloppe en la tenant contre la lumière. Gustave a refusé aussi. Les idées se sont arrêtées là.

Mila a fini par poser son carnet.

Elle s'est approchée de la table, a pris l'enveloppe, et l'a ouverte d'un geste sec. Pas de cérémonie. Pas d'hésitation. Gustave a retenu son souffle.

Le silence a duré trois secondes.

Mila a parcouru la lettre. Puis elle l'a reposée sur la table, face visible.

Une seule phrase comptait : "Confirmation de réception - Commande de rubans assortis."

Gustave a cligné des yeux. Deux fois. Trois fois.

Des rubans. La lettre officielle, l'enveloppe beige, le cachet inconnu, l'heure d'angoisse. Tout ça pour une commande de rubans passée en juin et déjà oubliée.

Noisette a éclaté de rire. Pipo a souri, discrètement, puis il a disparu vers le fond de l'atelier. Mila a repris son carnet et a noté quelque chose. Gustave est resté debout, immobile, l'enveloppe vide à la main.

Il n'a rien dit.

Le soir, il a rangé ses listes de déménagement dans un tiroir. Pas à la poubelle. Dans un tiroir. Au cas où.

Mila a ajouté une ligne dans le Grand Registre : "Fausse alerte n°7. Cause : rubans. Durée : 63 minutes. Responsable : le service courrier."

L'atelier a repris son calme habituel. L'horloge a sonné cinq coups. Il était quatorze heures.